Si vous ne voyez pas ce message, visualisez-le sur votre navigateur

L'année Luther est ouverte!

La lettre d'information de la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg

Contacts

Faculté de Théologie Protestante

9 place de l'Université
BP 90020
67084 Strasbourg Cedex
Tél. : 03 68 85 68 35
Courriel : scoltp@unistra.fr

 

Au Sommaire:

Editorial: L'année Luther. Enseignement: le MOOC et l'international. La parole aux étudiants: Hugo Sonnendruecker; festivités de Noël. Parutions. Nouvelle rubrique: le coin des arts (Buxtehude par Gilbert Dahan). Personalia: Jan Joosten et Daniel Frey. Colloques. Bibliothèque et secrétariat: du nouveau! 

Éditorial

 

  L'année 2017 est une année de célébration jubilaire de la Réforme. À travers le monde entier les protestants fêteront la parution, il y a 500 ans, des 95 thèses de Martin Luther. Les festivités ont déjà commencé Outre-Rhin où Joachim Gauck, le président de la République fédérale d’Allemagne a ouvert solennellement l’année jubilaire en louant la Réforme comme un événement marquant de sa forte empreinte notre société actuelle. Sans l’impulsion initiale de la Réforme, ni la liberté de culte, ni la liberté de conscience ne seraient devenus des droits fondamentaux, a-t-il souligné.

            À Strasbourg aussi, le Jubilé Luther sera dignement célébré. Les festivités ont commencé, le 31 octobre 2016, en l’église Saint-Thomas par un culte d’ouverture officielle et une table ronde sur le thème « « 500 ans de Réforme : actualité d’un héritage », à laquelle plusieurs enseignants de notre Faculté ont participé. Cette année jubilaire s’achèvera le samedi 18 novembre 2017 par une Journée de réflexion, destinée à un large public et organisée par notre Faculté, en collaboration avec Olivier Abel, sur le thème « La démocratie moderne et le protestantisme », à l’hôtel de ville de Strasbourg. Entre temps, d’autres événements importants viendront saluer le Jubilé : les 27-28 avril, un grand colloque sur « La vie tout entière est pénitence… Les 95 thèses de Martin Luther » se tiendra à la Faculté. La Bibliothèque Nationale Universitaire, quant à elle, organisera une exposition « Le vent de la Réforme ». D’importantes parutions marqueront cette année anniversaire à commencer, le 28 avril, par celle du tome 2 des Œuvres de Martin Luther dans la célèbre collection La Pléiade (éd. Gallimard). Deux  ouvrages seront consacrés à la théologie et à la biographie de Luther, dont le premier vient de paraître, sous la plume de Marc Lienhard, le second paraîtra au printemps, rédigé par Matthieu Arnold.

 

 

 

Enseignement

 

 Le MOOC .. Madeleine Wieger est responsable du MOOC ... elle nous en dit un peu plus sur cet acronyme  et sa destination ..


 

           La théologie en ligne pour tous : tel est un des projets portés par la Faculté en 2017. Plusieurs enseignants-chercheurs consacreront une partie de leur temps à la conception et au tournage d’un cours tout public qui devrait être donné via internet au printemps 2018.

Son petit nom est « MOOC », comme « Massive Open Online Course ». On n’invente rien en la matière : cette façon d’ouvrir le savoir et la recherche universitaires à un large public connaît quelque succès depuis plusieurs années déjà. Il s’agit de cours à distance auxquels tout un chacun peut s’inscrire gratuitement, d’une durée de deux ou trois mois, à raison de deux heures par semaine environ. Les participants consultent des vidéos, s’acquittent de l’un ou l’autre exercice s’ils le souhaitent,  bénéficient d’un accompagnement pédagogique à distance et peuvent dialoguer en ligne avec d’autres participants.

Le MOOC projeté est une introduction à la théologie protestante telle qu’elle s’enseigne à l’Université. Il sera préparé en collaboration avec la Faculté de Théologie de Genève. Il est conçu comme une visite guidée de la formation proposée à l’Université en théologie protestante : penser Dieu – à travers les textes bibliques, à travers les écrits, les événements et les hommes qui ont marqué l’histoire du christianisme, à travers les concepts, les représentations et les normes qui en sont issus, à travers les communautés ecclésiales actuelles et leurs pratiques. À chaque pas on s’arrêtera pour dévoiler la fabrique à penser, les outils qui permettent d’analyser chacun de ces éléments de la manière qui lui est la mieux adaptée. Le bibliste, l’historien, le dogmaticien, le théologien pratique aborderont chacun à sa façon un thème unique qui tiendra lieu de fil rouge : « Croire ».

Le cours sera fait pour le lycéen envisageant un parcours d’études en théologie protestante, mais aussi pour les membres des paroisses, pour les étudiants en théologie protestante de toute la francophonie et pour le simple curieux qui souhaite voir comment on construit à l’Université un discours raisonné sur Dieu et sur la foi.

 

 

Enseigner en Arménie

 

Depuis 2013, Régine Hunziker-Rodewald, professeure d’Ancien Testament, passe chaque année ses vacances de la Toussaint en Arménie. Elle profite de ces jours pour rencontrer l’équipe de « Solidarité Protestante France-Arménie » (SPFA) à Erevan et pour assurer des cours à l’Université d’Etat d’Erevan, ainsi qu’aux Séminaires de Sevan et d’Edjmiatsine. Les enjeux de ce partenariat sont importants et multiples : des pourparlers sont en cours entre l’Université d’État d’Erevan et l’Université de Strasbourg en vue d’un un accord bilatéral pour accueillir et envoyer des étudiants. Ces échanges sont une chance de contact inouïe entre les cultures et les confessions.

 

            Du lundi 24 au vendredi 28 octobre 2016, l’enseignement commença chaque jour par une courte visite auprès du doyen, l’évêque Anushavan Zhamkochyan, ou du vice-doyen de l’Université d’Etat d’Erevan, Aram Hovhannisyan. Les cours pour les 20-25 étudiants de la 3e et de la 4e année concernèrent plutôt les aspects historiques de la théologie, y compris l’archéologie, l’iconographie et l’épigraphie : les inscriptions datant de l’époque du 1er millénaire avant notre ère et provenant de la région du Levant sud (Tel Dan, Siloé), la montée et la chute des villes de Shilo, de Samarie, de Lakish, de Jérusalem. Nous avons travaillé aussi sur Kohelet, artisan d’un bonheur équilibré et adapté à la condition humaine. Les futurs prêtres sont formés au Séminaire d’Edjmiatsine. J’y ai donné des cours à 30 à 40 étudiants de master, de première et de deuxième année. Certains parmi eux connaissant bien l’hébreu et le grec, nous pouvions donc travailler sur les textes bibliques, toujours d’après un support PowerPoint très apprécié. Chez les séminaristes j’ai abordé le repas offert par Abraham (Genèse 18) et le récit de Caïn et Abel (Genèse 4). En citant les textes originaux, il faut ne pas oublier que la Bible rédigée en arménien est une traduction de la Septante (traduction grecque du texte hébraïque). C’est pourquoi, Hélène Ohandjanian, la responsable des projets sociaux de SPFA-Erevan, mon interprète, inséra de ce fait sur chacun de mes diapos le « bon » verset biblique en arménien. Ainsi les étudiants pouvaient lire et vérifier dans leur propre langue le contenu de la référence biblique. Il n’est pas rare que le texte hébraïque et la traduction arménienne diffèrent, ce qui suscite des discussions théologiques de très bonne qualité. Certes, la théologie de l’Europe de l’Ouest et celle de l’Église Apostolique Arménienne (dont le « Patriarche suprême et Catholicos de tous les Arméniens » réside à Edjmiatsine) ont bien des différences, mais je suis chaque année de nouveau étonnée et ravie de l’ouverture d’esprit des candidats à la prêtrise. De plus, nous nous connaissons déjà depuis plusieurs années et nous pouvons quasiment reprendre le fil des discussions de l’année précédente. C’est vraiment une très belle expérience !

Evidemment, j’ai profité de mon séjour pour découvrir la région de la ville de Gyumri, située au nord-ouest du pays sur une altitude de 1500 mètres. Et je n’ai pas dérogé à la convivialité : j’ai accepté l’invitation de mes étudiants à les rejoindre dans un restaurant très sympathique de la vieille ville d’Erevan, mais aussi… de vivre une nuit dans un club de jazz (avec des interprétations du Duduk, flûte traditionnelle arménienne), sans oublier une soirée à l’Opéra d’Erevan. L’expérience de la gentillesse et de l’hospitalité, de la pauvreté et de la volonté de survivre des Arméniens font réfléchir et agir : dans l’entrée du local SPFA d’Erevan, des cartons empilés de vêtements, apportés par Janik Manissian, attendaient d’être expédiés vers le Haut-Karabakh. Que ces initiatives perdurent !

 

Un séjour d’enseignement à l’Université Laval, Québec

Avec la rentrée 2016/2017, le projet de collaboration internationale entre les universités de Strasbourg et Laval, Québec, intitulé Les textes religieux fondateurs dans les sociétés contemporaines : Herméneutique de la réception, qui est financé par la Direction des Relations Internationales avec le soutien d’IDEX et mené, du côté Strasbourg, par Régine Hunziker-Rodewald et Beat Föllmi et du côté Laval par Guy Bonneau et Robert Hurley, est entré dans une nouvelle phase. Après une étape d’amorçage réalisée par deux échanges d’enseignants respectivement de Strasbourg et Laval en printemps 2016 qui visait la mise en place d’une formation en partenariat international, l’échange au niveau enseignement a été poursuivi par un nouveau séjour de Régine Hunziker-Rodewald à l’Université Laval du 15 au 22 novembre 2016. Le programme d’action inclut une intervention de 3h de cours au niveau du 1er cycle sur L’idée messianique dans l’Ancien Testament, une deuxième intervention de 3h de séminaire au niveau du 2e/3e cycle sur Le roi Saül dans l’Ancien Testament et dans l’histoire de sa réception et une conférence pluridisciplinaire (histoire, archéologie, histoire des religions, théologie) sur Les figurines féminines estampées en terre cuite de la région du Levant Sud, « les danseuses d’argile », dont l’existence sur les deux côtés du Jourdain pendant la période de la genèse de l’Ancien Testament suscite, entre autres, la question de leur fonction et signification dans les domaines du rituel et du culte. L’objectif de ce séjour d’enseignement qui sera suivi par trois autres échanges d’enseignants entre janvier et avril 2017, était l’approfondissement et l’élargissement des contacts avec les collègues et les étudiants de l’Université Laval en vue d’une collaboration à longue terme.

L’université Laval au Québec https://www.ulaval.ca/ constitue un établissement prioritaire de l’Université de Strasbourg avec laquelle elle entretient un accord bilatéral depuis 2015. Le séjour de Régine Hunziker-Rodewald de cet automne est tombé dans une situation de vacance de poste en Ancien Testament à l’Université Laval et était fortement apprécié. Sa rencontre avec le Doyen de l’université Laval, Gilles Routhier, visait particulièrement la mise en place d’un programme d’échange d'étudiant et l’établissement d’un accord signé par les deux facultés. Les négociations sur les procédures précises et les demandes de bourse sont lancées http://www.unistra.fr/index.php?id=17107 et http://www.unistra.fr/index.php?id=17106. D’autres projets envisagés entre nos facultés et universités sont des doubles diplômes de master http://www.unistra.fr/index.php?id=20403, qui sont, par exemple, déjà mis en oeuvre en études anciennes/philologie classique, et des cotutelles de doctorat à la base d’un accord interuniversitaire spécifique. En outre, un colloque sur La figure du Roi est planifié, avec la participation d’étudiants et de doctorants, pour automne 2017/2018 à l’Université Laval.

 

Pour des informations concrètes sur le programme de collaboration, n’hésitez pas à contacter rhunziker@unistra.fr ou bfoellmi@unistra.fr.

Régine Hunziker-Rodewald

La Parole aux étudiants !

.

 

       Hugo Sonnendruecker avec le musicien folk autrichien Erwin Aschenwald

 

Sortir du bois…. Hugo Sonnendruecker, en 3ème année de licence, nous raconte son expérience de la Faculté: décoiffant ..

  Saint François d'Assise s'est retiré dans la forêt pour être plus proche de Dieu, et moi je suis revenu en ville pour m'inscrire à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg après 4 années en gestion forestière. Je n'ai pas eu d'illumination sous un arbre mais en revanche reprendre des études à l'université m'a demandé pas mal d'investissement. C'est qu’étudier une science pareille cela demande une petite somme d'effort non négligeable mais c'est tellement gratifiant ! Il y a encore 4 ans jamais je n'aurais pu imaginer lire le grec ancien ou l'hébreu ! En dehors du plaisir qu'il y a à étudier de la musicologie ou de la sociologie, de l'histoire ou bien de la philosophie, il y a le lieu et celles et ceux qui l'occupent ! Quelle sacrée bande que le corps enseignant de la Faculté ! Il faut s'imaginer un palais universitaire à la sauce impériale où dans une salle nous suivons un cours sur la femme dans le christianisme des premiers siècles et dans la salle d'à côté une troupe de théâtre professeurs/étudiants montée en hâte répète pour le spectacle de fin d'année. Une salle où il y a des examens très très sérieux et dans celle d'à côté des enseignants qui préparent des gaufres pour un petit moment convivial pour tous lors de la pause de midi. Bref, pas nécessaire d'aller ailleurs pour vivre des études aussi surprenantes que sérieuses.

         Pour continuer sur les professeurs qui peuplent cette belle institution, je dirai qu'ils sont experts aussi bien dans leur domaine de recherche respectif qu'en orchidées ou qu'en expéditions archéologique dans le désert (non non je ne parle pas d'Indiana Jones). 

         Mais il ne faut pas oublier les étudiants qui vont et viennent dans ces couloirs. Ceux-là aussi forment une sacré bande où l'on trouve quasiment de tout et des horizons les plus lointains. D'ailleurs je ne serai pas étonné d'y croiser un étudiant venu d'une autre planète tellement la diversité qui compose ce corps est grande. Comme dit, les étudiants sont représentatifs de la science qu'ils étudient. Autrement dit, une palette très large.

Enfin, non seulement les études de théologie me passionnent mais en plus je ne m'ennuie pas ! Comment faire des études aussi complètes !!

 

Gaufres-party

                                                                    

Les étudiants étaient nombreux, mais aussi les enseignants et le personnel administratif, à honorer l'invitation de Madeleine Wieger, Thierry Legrand et Marie Fritsch. Il s'agissait de partager des gaufres (une recette exceptionnelle!) dans les couloirs de la Faculté le 14 décembre 2016 pour fêter Noël. Anne van den Broecke avait détourné les paroles du chant Les Anges dans nos campagnes pour une version inédite et facétieuse, avec talent!   Une initiative qui enthousiasma un public gourmand et nombreux. Un témoin discret de la fête fut le sapin de la salle 11, mis en beauté par Gabriella Aragione et Madeleine Wieger...

 

Parutions. Le coin des arts

  

Les enseignants-chercheurs de la Faculté  ont publié :

              Chant liturgique et la tradition  grégorienne

Depuis les origines, le chant fait partie du culte des Églises chrétiennes. Hormis quelques exceptions éphémères, tous leurs rites et cérémonies ont été emplis de musique, notamment de chant : de la cantillation la plus simple à la polyphonie et polychoralité les plus complexes. Pour les Églises occidentales, le chant grégorien s’est imposé depuis le viiie siècle comme l’épine dorsale des pratiques musicales liturgiques. En 1963, la constitution sur la liturgie du concile Vatican II, réaffirmant le grégorien comme chant officiel de l’Église catholique mais autorisant les compositions nouvelles en langues vernaculaires, a mis aux prises traditionalistes et progressistes. Un demi-siècle plus tard les passions se sont calmées mais le débat sur les pratiques de chant liturgique aujourd’hui et du rôle du chant grégorien n’est pas clos.

Les quatorze contributions, réunies dans le présent volume et rédigées des spécialistes et des acteurs du chant liturgique, relancent la question dans une perspective pluridisciplinaire et œcuménique. Elles illustrent trois axes complémentaires de recherche : la musicologie, la théologie, la liturgie. Le chant liturgique aujourd'hui et la tradition grégorienne, sous la direction de Beat Föllmi et de Jacques Viret, Paris, éd. Hermann (collection du GREAM: Répertoire), Paris, éd. Hermann, 2016

 

Une autobiographie de Magda Trocmé


En février 2017 paraîtront, aux Presses Universitaires de Strasbourg (dans la collection « Écrits de femmes »), les Souvenirs d’une jeunesse hors normes de Magda Trocmé, édités par Nicolas Bourguinat (historien spécialiste de l’Italie des XIXe et XXe siècles) et Frédéric Rognon. Dans le monde protestant, on connaît l’engagement d’André et Magda Trocmé, sous l’occupation nazie, pour le sauvetage de centaines d’enfants juifs sur le plateau du Chambon sur Lignon. On connaît moins l’enfance et la jeunesse de Magda, protestante en Italie dans les premières années du XXe siècle. Ce récit raconte la naissance d’une vocation, et l’émergence d’un destin à proprement parler extraordinaire.

Le volume intitulé : Souvenirs d’une jeunesse hors normes, offre au lecteur un témoignage d’une rare singularité. Cela tient tout d’abord à la trajectoire biographique de l’auteur : Magda Grilli di Cortona Trocmé (1901-1996). Elle naît à Florence d’un père ingénieur et colonel dans l’armée royale italienne (Oscar Gilli di Cortona), et d’une mère (Elena Nelly Wissotsky Poggio) descendante d’exilés russes en Sibérie pour avoir participé au soulèvement « décembriste » de Saint Pétersbourg contre le Tsar en 1826 : à elle seule, la double généalogie de Magda se rit déjà des frontières nationales et conventionnelles. À partir de telles racines, toute sa vie se tiendra de fait sous le sceau d’une grande liberté à l’égard de la normalité. Sa mère meurt un mois après sa naissance, de fièvres puerpérales, à l’âge de vingt-trois ans, et son père inconsolable inscrira sur sa tombe ce pathétique aphorisme : « Comme une fleur qui, en mourant, donne le fruit… » Mais surtout, l’on fera longtemps porter à Magda la culpabilité de son statut d’orpheline de mère. Sa quête identitaire se nourrira dès lors de profondes interrogations métaphysiques et existentielles. Lorsqu’à l’âge de neuf ans, elle apprend que son père va se remarier avec Margherita Fiorani, elle ne sera pas invitée à la noce, et sa belle-mère l’écartera peu à peu de la famille.

Magda grandit dans une Italie très fortement catholique, mais sa grand-mère maternelle s’était convertie au protestantisme, et elle sera de ce fait baptisée à l’Église vaudoise. C’est donc d’une triple altérité à l’endroit du conformisme ambiant, que relève la condition de Magda durant sa jeunesse : enfant sans mère (et rejetée par sa belle-mère), descendante d’étrangers réfugiés politiques en Italie, et appartenant à la microminorité protestante. Après avoir été élevée par des nourrices italiennes puis par des gouvernantes allemandes et anglaises, elle fréquente l’école maternelle et primaire chez les Diaconesses de Kaiserwerth, religieuses protestantes allemandes. Elle y sera interne dès l’âge de huit ans. Cinq ans plus tard, elle est placée à l’internat catholique des Mantellate, où elle restera cinq années. C’est au cours de ces années décisives qu’elle oscille entre les confessions chrétiennes, tiraillée entre un catholicisme consolateur et maternel, dispensateur d’une vision douce de la mort, et un protestantisme austère, mais qui se présente comme un ferment de liberté. Elle finit par céder aux pressions qui l’incitent à être rebaptisée dans l’Église romaine, à l’âge de douze ans. Puis elle se ravise et finit par revenir vers le protestantisme vaudois de sa grand-mère, tout en élaborant sa propre religion.

« La religion de Magda », comme l’appellera plus tard son mari, est une véritable ode à la liberté, à la justice et à l’engagement social. Très tôt, en effet, Magda se sent appelée à consacrer sa vie au service des plus pauvres et des personnes malmenées par l’existence. Empêchée par sa belle-mère de poursuivre des études à l’Université, elle est placée dans une école pour filles de bonne famille où l’on apprend les arts ménagers. Elle parvient malgré tout à suivre une formation en littérature italienne. En parallèle à ses études, elle s’engage au sein d’œuvres diaconales protestantes, et notamment l’UCJF (Union Chrétienne de Jeunes Filles). Dans les faubourgs populaires de Florence, elle vient en aide à des jeunes filles en difficulté et à des mères célibataires rejetées par leur famille. C’est par le biais de ses engagements socio-éducatifs qu’elle obtient une bourse pour partir aux États-Unis, à l’âge de vingt-quatre ans, et étudier durant une année à la New York School of Social Work. Et c’est à l’International House où elle réside durant son séjour américain qu’elle rencontre André Trocmé (1901-1971). Ils décident de se marier à leur retour en Europe. Le récit s’achève avec leur voyage de noces, en Suisse et en Italie, en 1926.

À travers mille tourments, ces années de jeunesse seront décisives pour la trajectoire hors du commun du couple Trocmé par la suite. Magda a notamment découvert, à Torre Pellice, dans les vallées vaudoises italiennes, des méthodes pédagogiques d’avant-garde qu’elle voudra expérimenter lorsque son mari sera nommé pasteur au Chambon sur Lignon en 1934 : ce sera la fondation de l’École Nouvelle Cévenole, qui deviendra le Collège Cévenol. Entre 1940 et 1944, plus de neuf cents enfants juifs y seront sauvés, grâce à l’engagement de la population protestante du plateau Vivarais-Lignon mobilisée par André et Magda Trocmé.

 

Le coin des arts: une nouvelle rubrique 

 

Désormais dans chacun des numéros de la Newsletter, vous trouverez un commentaire d'une oeuvre d'art protestante, musicale ou picturale, réalisé par un membre de l'Equipe d'accueil 4378. Dans ce numéro c'est Gilbert Dahan, membre associé de notre EA et directeur de recherche au CNRS, chef de choeur de la chorale du CNRS, qui commente la Cantate Alles gut ihr tut de Dietrich Buxtehude, pour le Temps suivant Noël...

Vous pouvez écouter  cette cantate: https://www.youtube.com/watch?v=Lta20NDSJgY

 

Bien souvent, quand on évoque le nom de Buxtehude, vient à l’esprit la visite que le jeune Jean-Sébastien Bach rendit à ce maître à Lübeck en 1705 (magnifiquement reconstituée dans un récit de Gilles Cantagrel). Buxtehude apparaît alors essentiellement comme un prédécesseur de Bach. Mais Buxtehude est un compositeur à part entière, pas seulement une étape importante dans une voie qui aboutirait au Cantor de Lepizig. Cette manière de considérer Buxtehude comme un auteur « secondaire » explique qu’au moins en France le troisième centenaire de sa mort n’ait été célébré qu’avec une certaine discrétion, si l’on met à part les concerts de midi de l’Académie de Saintes. Le présent concert voudrait être une contribution à cette célébration.

            La musique allemande du xviie siècle et de la première moitié du xviiie est marquée par trois grands noms, ceux de Schütz, de Buxtehude et de J.-S. Bach. Au centre de cette trilogie, Buxtehude n’occupe pas une position intermédiaire mais marque l’histoire de la musique tout autant que les deux autres maîtres. Même s’ils ont composé un certain nombre d’œuvres profanes, ces trois auteurs mettent leur art au service de Dieu, chacun à sa manière ; mais il s’agit toujours de faire passer un message « religieux » et, pour les trois, dans le cadre de l’Église luthérienne. Alors qu’avec ses Histoires sacrées Schütz transmettait des récits, avec leurs cantates Buxtehude et Bach se livrent à une prédication en musique. Pour Bach, la tâche est relativement facile : l’introduction du récitatif permet de confier à la voix des solistes de véritables sermons, que le mode même du récitatif rend parfaitement intelligibles aux fidèles. Buxtehude n’a pas recours au récitatif mais ses cantates n’en sont pas moins une prédication en musique, intégrée au culte. Comment s’y prend-il ? Les moyens sont divers, de même que sont diverses les formes de ses cantates (on en a conservé 112), de l’aria pour soliste accompagné par le continuo jusqu’aux œuvres complexes faisant appel au chœur et à une riche instrumentation ; on remarque la forme particulière des cantates où le chœur a un rôle majeur (représentée ici par Alles was ihr tut et Das neugeborne Kindelein) et celle qui, à côté du chœur, réserve à des solistes un certain nombre d’airs (ici Gott hilf mir et Jesu meine Freude).

            Quels sont donc les moyens que Buxtehude met en œuvre pour rendre efficace cette prédication ? En premier lieu, comme tous les compositeurs liés à l’Église luthérienne, Buxtehude utilise les chorals traditionnels, en en faisant parfois le motif fécondant de toute la cantate (comme dans Jesu meine Freude). Mais Buxtehude crée aussi des mélodies de type populaire, proche de celles des chorals (Alles was ihr tut). L’attention prêtée à la mélodie est essentielle : la musique exprime ce que les mots ne peuvent dire – le mélisme alors n’est pas simple ornement mais chemin vers une certaine extase. La mélodie peut être populaire : elle est souvent dansante et le rythme contribue à cette conduite de l’âme qui vise à la mener vers les plus hauts sommets de la spiritualité ; par son rythme, la musique de Buxtehude est étonnamment vivante et dynamique. Les instruments sont un autre moyen de faire participer les fidèles à cette fête spirituelle : ou bien ils invitent au recueillement (Alles was ihr tutJesu meine Freunde), ou bien ils dessinent le paysage dans lequel se déroule l’action chantée (Gott hilf mir), ou bien ils sont un personnage qui participe totalement à cette action (Das neugeborne Kindelein). Ils n’ont jamais un rôle seulement décoratif.

            On prêtera attention aux paroles chantées : Buxtehude choisit des textes engagés. Même si ses liens avec le mouvement spirituel du piétisme, qui se développe en Allemagne après la publication en 1675 des Pia dedideria de Philipp Spener, ne sont pas établis avec certitude, il paraît clair que les cantates procèdent clairement d’une inspiration qui en est proche.

         

Cantate Alles was ihr tut                                                                        

 

            Cette cantate (qui date des années 1680-1685) ne semble pas avoir été écrite pour un moment liturgique précis mais elle est chantée dans la période qui suit Noël. Malgré l’intervention des solistes, le chœur y joue, comme dans Das neugeborne Kindelein, un rôle prépondérant. Comme souvent chez Buxtehude, les échanges chœur-instruments sont au centre de la composition ; l’orchestre a ici également une importance particulière, avec ces intermèdes appelés sonate, qui ont pour fonction d’aider l’auditeur à se recueillir et à s’ouvrir au message proclamé par le chant. La cantate est ainsi constituée de huit morceaux séparés – les intermèdes instrumentaux s’intercalant entre les parties chantées ; l’œuvre possède une structure assez rigoureuse (les sonate n° 1 et 3 sont identiques, le chœur n° 8 reprend le n° 2).

            Les sonate n° 1 et 3 sont bipartites : mouvement lent, invitant donc au recueillement, mouvement vif et dansant, traduisant la joie liée à la période festive. Le n° 2, chœur, dont les paroles sont un verset de l’épître aux Colossiens (3, 17), comporte également deux parties : la première, homophonique, exprime magnifiquement un sentiment de confiance et de paix (l’enchaînement des premiers accords est admirable, dans sa simplicité et son évidence même : sol M, si m, mi m) ; on observera la montée si prenante, qui maintient le même sentiment de quiétude ; la seconde partie, selon un type d’écriture (contrapuntique) fréquent chez Buxtehude, traduit une joie au-delà des mots par des phrases aux longs mélismes. Le chœur n° 4 (sur un poème anonyme du xviie siècle) est une sorte de choral homophonique, dont les trois couplets sont séparés par une ritournelle instrumentale ; le climat de joie sereine et de foi tranquille est souligné par le dialogue avec les instruments.  Le n° 5 est de nouveau un texte biblique, Psaume 37, 4 ; il s’agit d’un court solo de basse, soutenu par le seul continuo ; la simplicité de ce morceau, presque une chanson, est émouvante et fait de cet arioso si calme, si évident, le cœur de la cantate. Avec le n° 6 (sur un poème de Georg Niege, vers 1587), chœur précédé d’un solo de soprano, on a une mélodie de saveur populaire, très dansante avec son rythme ternaire, où le dialogue voix-instrument est encore bien caractéristique de la manière de Buxtehude. Après le bref recueillement de la sonata instrumentale n° 7, le chœur n° 2 est repris, avec encore une expression de foi confiante ; une péroraison mélismatique (la musique dit ce que les mots ne peuvent dire) clôt cette superbe cantate.

Gilbert Dahan

 

 

 

Personalia

                  Jan Joosten, quoique affecté à l'Université d'Oxford depuis 2014, n'a pas complètement abandonné la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg. Il reste membre de l'Équipe d'Accueil 4378. Dans la semaine du 12 décembre 2016, il a passé deux jours au Palais Universitaire pour travailler avec Eberhard Bons, Romina Vergari et quelques autres sur le Lexique Historique et Théologique de la Septante. Le vendredi 16 décembre 2016, il a participé en tant que "garant" à l'Habilitation à diriger des recherches de Matthieu Richelle, dont le sujet était "L'évolution de l'écriture et le devenir de l'Écriture entre le 12e et le 2e siècle avant J.-C."

 

Daniel Frey a donné la leçon de rentrée ed la Faculté Le 27 septembre dernier, sur le thème: « Comment se justifie une croyance ? Retour sur un débat philosophique » 

Dans cette leçon de rentrée, dont le texte sera prochainement disponible dans la RHPR, Daniel Frey a cherché à expliquer le débat entre William Clifford et William James, le premier refusant à la croyance toute portée en termes de connaissance, le second estimant que s’abstenir de croire est impossible, tant la croyance est liée à notre nature humaine, et plus particulièrement à notre volonté de croire: « Nous ne nions jamais une chose si ce n’est pour la raison que nous croyons en quelque chose d’autre qui la contredit » ! (W. James, « Psychologie de la croyance » [1889]). Avec James, Daniel Frey a estimé que l'on croit parce qu’on veut croire ; on ne croit pas parce qu’on ne veut pas croire. Dans cette volonté se manifestent des raisons, qui sont pleinement des raisons, mais dont on serait bien en peine de dire pourquoi elles emportent notre adhésion alors que d’autres, inverses, le pourraient aussi. Notre passion d’affirmer et de nier se mêlent à nos raisons, de sorte que seront raisonnables les motifs d’affirmer qui auront le bonheur… de nous plaire. La dimension émotionnelle de nos croyances se voit bien au fait que celles-ci, comme toute chose dans nos vies humaines, ont leur mouvement de crue et de décrue. Elle se manifeste mieux encore en ceci que, quel que soit le degré de vivacité avec lequel nous affirmons ou nions des croyances, c’est toujours leur état présent qui nous semble le plus juste. Montaigne l’avait compris, quelle que soit l’évolution de nos croyances, « c’est toujours la présente et la dernière qui est la certaine et l’infaillible. »

Pour visionner cette conférence, suivez ce lien:

http://theopro.unistra.fr/actualites-agenda/actualites/actualite/?tx_ttnews%5Btt_news%5D=13219&cHash=b35b9031d09968ed9ebdb6e6954768bb

Colloques

Trois importants colloques se tiendront à la Faculté au début de l'année 2017.

En effet, notre Faculté accueillera, les 26 et 27 janvier 2017, un colloque sur les « Nouvelles avancées en psychologie et pédagogie de la religion », organisé par Jérôme Cottin et Henri Derroitte, de l’Université catholique de Louvain.

La transmission religieuse de textes, actes et événements fondateurs du christianisme, s’est concentrée ces dernières années sur l’intégration communautaire (catéchèse de l’initiation, parcours mystagogique, catéchèse intergénérationnelle) ou sur l’objectivité des « faits religieux » dans une optique de transmission d’une culture religieuse, en dialogue avec des religions autres que le christianisme. D’autres aspects liés à la transmission religieuse ont de ce fait été laissés de côté, en particulier ceux concernant la psychologie et la pédagogie. Dans ces deux domaines pourtant, des avancées majeures ont vu le jour, qui ont ou vont influencer les recherches dans ces deux domaines appliquées au champ religieux.

En psychologie de la religion, des travaux se sont profilés sur la question du monde religieux de l’enfance et de l’adolescence, mais aussi sur la remise en question partielle des stades de la foi pour la période adulte. Se pose aussi la question de savoir s’il existe une psychologie et une pédagogie spécifiquement religieuses, ou s’il ne s’agit que d’un domaine particulier qui relève de questionnements communs à la psychologie et à la pédagogie en général.

En pédagogie religieuse, les nouvelles méthodes d’exégèse de la Bible (narrative, rhétorique, figurative, iconographique) ont commencé à porter leur fruit dans les questions de transmission. Mais une approche plus théorique, faisant le lien entre la recherche elle-même et son application pédagogique se fait encore attendre. Toujours dans le domaine de la pédagogie, il serait bon de prendre la mesure de nouvelles approches de la Bible qui ne se présentent pas comme des méthodes de lecture, mais comme des méthodes pédagogiques, permettant un accès impliquant, voire performatif, aux sources scripturaires. On pense par exemple au Bibliologue ou à l’art du récit mais ces méthodes sont loin d’être les seules. Elles reposent aussi sur ces présupposés autant théologiques que pédagogiques qu’il est utile d’éclaircir.

On se posera pour finir la question de l’articulation de ces deux disciplines que sont la psychologie et la pédagogie dans l’enseignement religieux, que celui-ci se fasse sur une base confessionnelle ou culturelle.

 

Marié ? Pacsé ? Divorcé ? Mariage gay ?  Mariage pour tous ?

 

            Un colloque consacré aux nouvelles formes de conjugalités se tiendra les 22-23 mars 2017, à Strasbourg,  organisé par Isabelle Grellier et Anne-Laure Zwilling sur le thème « Les Églises face aux évolutions contemporaines de la conjugalité ». Les formes institutionnelles de la conjugalité se sont largement diversifiées depuis une soixantaine d’années, et ces évolutions bousculent et interrogent les Églises qui restent généralement attachées au mariage.

            Il est possible pourtant – ce sera du moins une des questions qui traversera ce colloque – que les valeurs qui sous-tendent ces nouvelles formes de conjugalité soient en réelle congruence avec celles traditionnellement associées au mariage par les Églises.

            Ce colloque interdisciplinaire permettra de faire un état des lieux des conjugalités et des valeurs qui y sont développées, et il analysera les réactions des Églises face à ces évolutions ainsi que l’impact de ces réactions dans la société. Sociologie, psychologie, théologie, éthique … se conjugueront pour étudier ce phénomène si sensible, qui concerne à la fois l’intime de la relation que les structures de la société (I.G.)

            Les formes institutionnelles de la conjugalité évoluent : l’institution du mariage, dans laquelle s’inscrivait il y a encore un siècle la quasi–totalité des couples, est aujourd’hui comprise comme facultative par beaucoup de Français et l’on assiste à une multiplication des divorces. Certains pays ont ouvert le mariage aux couples de même sexe et d’autres formules juridiques marquant l’union civile de couples, notamment de même sexe, ont vu le jour ces dernières années dans les pays occidentaux. Ces évolutions s’accompagnent de changements dans les relations interpersonnelles et familiales (modes et lieux de vie, relation aux enfants, répartition des rôles hommes-femmes, etc.) comme au niveau des valeurs qui régissent les individus et les couples. Les institutions ecclésiales ne peuvent ignorer ces mutations, d’autant que celles-ci concernent aussi des personnes et des couples qui se reconnaissent dans le message chrétien.

 

Analyser les discours et les pratiques

            Le colloque se propose d’analyser les discours et les pratiques des institutions religieuses, d’évaluer leur pertinence et leur impact, et de s’interroger sur leur place et leur légitimité dans une société sécularisée. Il tentera, dans une approche de théologie pratique, d’ouvrir des pistes nouvelles. L’apport propre de la théologie pratique consiste en effet à confronter les discours et les pratiques des institutions religieuses aux réalités contemporaines. Le Greph (Groupe de recherches en théologie pratique et en herméneutique), qui rassemble des enseignants chercheurs et des doctorants et s’associe à des experts relevant d’autres disciplines universitaires et à des praticiens, s’inscrit dans cette démarche. En collaboration avec l’Unité mixte de recherche DRES (Droit, religion, entreprise et société, CNRS/Université de Strasbourg), il propose un colloque qui vise à analyser les positionnements dogmatiques et sociétaux des Eglises face aux évolutions contemporaines de la conjugalité :

- Il s’agira d’abord de rendre compte des différentes formes que revêtent les conjugalités actuelles. Ce colloque sera notamment l’occasion de présenter les résultats de travaux récents, en particulier une enquête sociologique par questionnaire, menée en 2015 par le GREPH auprès d’environ 200 personnes.

- Le colloque vise aussi à cerner les valeurs qui sous-tendent les conjugalités contemporaines. Il s’agira de mesurer et d’évaluer les changements de valeur : quels sont-ils, quelle est leur ampleur et s’agit-il pour la société de menaces ou d’opportunités ? Dans quelle mesure les valeurs aujourd’hui mises en avant s’écartent-elles de celles traditionnellement portées par les Eglises ? 

- Le colloque entend également être l’occasion d’évaluer la réception des principes ecclésiaux tant au sein des Églises que dans la société globale. Les questions de conjugalité, qui restent un des champs d’intervention privilégiés de l’Église catholique (et on pourrait se demander pourquoi), constituent un bon analyseur des évolutions de la place que les institutions ecclésiales occupent dans la société : quels sont les enjeux et les limites du positionnement de l’Eglise catholique comme « institution garante de la morale sociale » ? Quelles sont les positions des groupes religieux qui ont moins accès à la parole publique ? Quelle est la perception médiatique et publique des discours des diverses institutions religieuses dans la société actuelle ?

- Le colloque vise enfin à réfléchir à l’évolution des pratiques ecclésiales, entre prise en compte des réalités conjugales contemporaines et réactions traditionnalistes. Parce qu'elles questionnent la compréhension du couple, les formes nouvelles de conjugalité pourraient être l’occasion d’une réflexion sur une conjugalité « chrétienne » : existe-t-elle, et quelles seraient ses spécificités ?

Pour travailler une question d’actualité aussi sensible – la forte mobilisation sociale de ces derniers mois autour des questions du mariage en témoigne – il nous a semblé nécessaire de favoriser l’interdisciplinarité. Le colloque fera place à des spécialistes de différentes disciplines, apportant ainsi la complémentarité des analyses historique, anthropologique, démographique, psychologique, sociologique, éthique et théologique. Ce colloque sera aussi l’occasion d’ouvrir vers d’autres horizons culturels et géographiques, en portant l’attention sur quelques pays d’Afrique francophone.

Des jeunes chercheurs et doctorants seront invités à intervenir, à côté de spécialistes réputés, pour favoriser le renouvellement de la recherche.

 

Coordination : Isabelle GRELLIER, professeur à la Faculté de Théologie protestante de l’Université de Strasbourg (grellier@unistra.fr) et Anne-Laure ZWILLING, ingénieur de recherche au CNRS, UMR Droit, Religion, Entreprise et Société (anne-laure.zwilling@misha.cnrs.fr).

Renseignements et inscriptions auprès de Patricia Carbiener patricia.carbiener@unistra.fr


Jubilé Luther (à l'auditorium de la BNU)

Dans le cadre du Jubilé Luther,  du 27 au 29 avril 2017, se tiendra un colloque organisé par Matthieu Arnold, Karstern Lehmkühler etMarc Vial sur le thème 

« La vie tout entière est pénitence…/…dass das ganze Leben der Glaubenden eine Buße sei.

Les 95 thèses de Martin Luther".

 


Penser le suicide


   

 

Les 17 et 18 novembre 2016 s’est tenu un colloque international et interdisciplinaire intitulé : « Penser le suicide ». Une vingtaine d’intervenants et près de cent cinquante participants ont échangé durant deux jours autour de cette thématique qui touche tout un chacun, de près ou de loin, et qui pose à la conscience humaine de redoutables questions. Les ressources conceptuelles, symboliques et pratiques de la psychologie, de la sociologie, de la philosophie et de la théologie ne sont pas de trop pour tenter de dissiper quelque peu l’opacité du geste suicidaire. Chacun est reparti enrichi de quelques éléments de réponse et de nouvelles questions…

Le premier paradoxe afférent au suicide est le suivant : la tension entre d’une part l’universalité du fait suicidaire, et donc son ampleur statistique (815 000 suicides par an dans le monde, soit un suicide toutes les 45 secondes, et une tentative toutes les trois à quatre secondes), et d’autre part la dimension totalement subjective, irréductible à toute autre subjectivité, à toute autre histoire, en étroite connexion avec le registre de l’intime, de la décision que je prends de me suicider. Les statistiques ne rendront jamais compte du séisme existentiel qui concerne une personne singulière, ni du drame que traversent dès lors ses proches. Ainsi donc, si chaque suicide est absolument unique, comment pouvons-nous dégager un « monde commun » pour tenter de le penser ? Telle a été l’une des problématiques de ce colloque.

Un second paradoxe surgit aussitôt lorsqu’il s’agit de penser le suicide. La singularité de chaque acte de mort volontaire ne rend-elle pas vaine toute étiologie du suicide ? De la cruelle trahison amoureuse d’un adolescent à l’endettement insupportable d’un agriculteur, du harcèlement moral d’un cadre au désespoir d’un détenu sans perspective, d’une lourde pathologie psychiatrique au supplice quotidien d’une personne âgée totalement dépendante, d’un appel au secours au sacrifice d’un martyr, qu’y a-t-il de comparable ? Et si le suicide relève ainsi toujours, au final, du mystère insondable d’une personne unique et de son rapport existentiel à la vie, à la mort, aux autres et au monde, parfois à Dieu, quelles peuvent être les mesures de prévention et de postvention, d’accompagnement des personnes suicidaires avant et après une tentative, et des familles endeuillées après le départ brutal d’un proche ? Le colloque a également cherché à éclairer les participants quant à ces questions concrètes.

Nous nous heurtons à un troisième paradoxe quand nous abordons les questions de bioéthique et de fin de vie. Il s’agit tout d’abord de dissiper les confusions courantes entre le suicide des personnes âgées en bonne santé, le suicide assisté, la mort délibérée et l’euthanasie. Mais surtout, c’est la notion de « dignité » qu’il convient d’interroger, notion étonnamment invoquée et mise au service aussi bien de la cause des partisans d’une légalisation de l’euthanasie, que de celle de leurs adversaires. Qu’est-ce que la dignité ? Y a-t-il deux types de dignité, l’une qui serait une qualité ontologique et inaliénable, et l’autre qui serait une valeur de réalisation, aliénable car liée à la manière dont nous vivons ? Qu’est-ce, finalement, qu’une vie digne d’être vécue, et quelles sont d’une part les raisons qui légitimeraient le choix de la mort, et d’autre part les ressources qui permettraient de faire le choix de la vie ?

Enfin, un quatrième paradoxe surgit également, qui relève du registre proprement sémantique, dès lors que l’on a recours non plus au substantif « suicide », mais au verbe « se suicider ». Pourquoi ce renforcement du verbe déjà réfléchi « sui-cider », au lieu de l’intransitif : « il a suicidé » ? Cette redondance vise-t-elle à souligner le caractère exceptionnel du meurtre dirigé contre soi-même ? Ou bien à indiquer que le suicide est un double homicide, dirigé contre soi et contre l’autre en soi ? La syntaxe vient-elle au service de l’interdit, en rappelant qu’il y a de l’altérité dans l’identité, et que les devoirs que l’on a envers soi-même découlent de ceux que nous avons envers autrui ? Et quel est au fond la valeur de cet interdit ? Le colloque a donc également cherché à élucider ce rapport du suicide à la transgression de l’interdit du meurtre, dans sa double dimension du rapport à soi, c’est-à-dire de la liberté, et du rapport aux autres, c’est-à-dire du lien social.

Toutes ces questions se recoupent, se répondent l’une l’autre parfois, mais s’embrouillent mutuellement le plus souvent. C’est pourquoi nous avions choisi d’organiser un colloque qui nourrissait l’ambition de tenter de penser le suicide, en sériant les problèmes et en les abordant sur un mode résolument interdisciplinaire.

Un premier axe était consacré au status quaestionis, à l’état de la recherche théorique du point de vue des différentes disciplines académiques. L’anthropologie, la théologie, la psychologie, la philosophie et la sociologie étaient ainsi tour à tour convoquées. Mais nous souhaitions surtout éviter la juxtaposition de discours mono-disciplinaires, et faire en sorte qu’au cours des débats qui suivaient les divers exposés, un véritable dialogue interdisciplinaire s’instaure, sur le mode d’interpellations réciproquement critiques. Il n’y a guère de thématique qui se prête aussi bien à l’approche interdisciplinaire que le suicide, même si au cours de l’histoire de la recherche, chaque discipline a cherché à se l’approprier. On saisit aisément les dommages épistémologiques d’une telle prétention à l’arraisonnement, et inversement, tout le bénéfice heuristique que recèle la démarche délibérément interdisciplinaire.

Un second axe a tenté de dresser un état des lieux du suicide dans notre société et à notre époque. En déclinant différents groupes sociaux (adolescents, actifs, détenus), nous avons cherché à déceler les évolutions à l’œuvre aujourd’hui, avant d’indiquer les grands principes de la prévention et de la postvention. Ces approches pratiques se sont prolongées avec des réflexions sur un questionnement éthique du suicide, ainsi que sur le statut du suicide en théologie musulmane. En point d’orgue de ce deuxième axe, une conférence de Lytta Basset, intitulée : « Choisir la vie malgré tout », ouverte au grand public, a assuré la jointure entre les deux journées de travail.

Enfin, un troisième et dernier axe a abordé les questions de bioéthique liées à la fin de vie. La situation juridique de la France a été présentée, avant d’ouvrir un débat contradictoire sur les notions d’euthanasie et de suicide assisté. Nous attendions là aussi des échanges francs, ouverts et constructifs, grâce aux intervenants mais aussi grâce au public nombreux, invité à les interroger. Ce débat a été suivi de deux mises en perspective, l’une du point de vue des soins palliatifs, l’autre du point de vue des mutations technologiques qui marquent notre rapport à la santé, à la mort et à la vie.

 


Bibliothèque et secrétariat

Depuis la rentrée universitaire, un nouveau bibliothécaire est venu remplacer Aurélia Tréguier pour une année. Pour la Newsletter, Quentin Verwaerde lève le voile  sur  son parcours et livre ici ses premières impressions... C'est une personnalité !!!

 

Quentin en compagnie de ses collègues Rose Brossut et Daniel Jungbluth

J'avais été mis en garde par Aurélia Tréguier, mon prédécesseur : il ne s’agira pas que de gestion ! Et en effet, ce qui m’a frappé, c'est que notre quotidien est fait de contacts directs avec les lecteurs, les professeurs, l'équipe administrative. Il y a en théologie, peut-être plus qu’ailleurs, beaucoup de gentillesse et de curiosité dans les relations humaines. Le travail lui-même en devient très « humain" » Mes collègues Rose Burghardt et Daniel Jungbluth y sont pour beaucoup. Et je leur dois - entre cent autres choses - de m'avoir familiarisé avec les aspects techniques du métier. Qu'ils en soient remerciés ! 

 

Avant de venir travailler avec vous au Palais universitaire, j'ai étudié la philosophie : en classe préparatoire dans le Nord, puis à Lyon, enfin à Strasbourg où j'ai soutenu un mémoire sur Pascal. J’ai trouvé dans la philosophie « une école d’exactitude et de vérité », même si mon tempérament me porte plus volontiers du côté des arts. Je me suis aussi intéressé à la philosophie politique, d’abord à la question de la sécularisation, que j’ai découverte par Voegelin, puis récemment à la philosophie de l’écologie politique. Je devrais d’ailleurs profiter de nos chercheurs pour lire Jacques Ellul…

 

Je tenais depuis longtemps à travailler dans une bibliothèque, mais mon parcours n'a pas été direct. Pour financer mes études, j’ai travaillé pour l'administration de l'Université. Les vacations que l'on me proposait se sont muées en « vrai » travail. La Direction des Etudes et de la Scolarité m'a proposé une mission d'un an – il s’agissait de lancer un projet relatif à l’offre de formation de l’Université – au cours de laquelle j’ai travaillé notamment avec votre Faculté. J’ai appris qu’un poste se libérait à la bibliothèque, et j’ai postulé. Inutile de vous dire que je ne regrette pas cette décision ! (Q.V.)

 

Du nouveau aussi au secrétariat!

Afin de mieux accueillir les étudiants et faciliter le travail des secrétaires, Patrice Gehin, Hugo Lenestour et Marie-Christine Lergenmüller, le secrétariat a été totalement repensé. Il se situe désormais dans l'ancienne salle dite du conseil (salle 2), dans un espace lumineux et fonctionnel. L'accueil y est toujours aussi extra-ordinaire, tant pour les étudiants que pour les enseignants-chercheurs ou les visiteurs. Dans notre prochaine Newsletter, nous vous ferons découvrir deux personnes aussi discrètes qu'efficaces: Patricia Carbiener et Serge Bruch.